19 février 2009
DTA - Chapitre 4
Merci à Naishou, Imuya, Sakura et Perriline pour vos commentaires !
Note : Tout d’abord, je m’excuse pour les petits détails ennuyeux du début de chapitre mais ils sont importants, mine de rien, pour bien entrevoir la situation dans laquelle évolue Florient. Je vais cependant essayer de me calmer, c’est promis.
Vous trouvez encore un petit lexique à la fin du chapitre pour plus de compréhension. Les mots y figurant sont suivis d’une « * ».
Ce chapitre est écrit en grande partie vers 4h du matin sans avoir dormi, j’espère que ça ne se fait pas trop ressentir xD ! Mais l’inspiration vient plus facilement à ces moments-là, allez savoir pourquoi !
Le retour d’un personnage que vous semblez bien aimé, aussi dans ce chapitre ;-) !
Merci à Pyanfar qui corrige cette histoire.
--
Chapitre 4 :
--
Deux semaines de cours étaient passées et déjà Florient Grey se sentait au bout de ses capacités. Il était très loin d’être con. Il était même plus intelligent que la plupart de ses camarades. On le disait doué pour bien des choses. Il était aussi très motivé et déterminé dans ce qu’il entreprenait. Mais là … Il était sur le point de craquer.
Non, on ne pouvait pas réussir à travailler en faisant en même temps des études en prépa. Entre les devoirs, les khôlles* qu’il avait pour les cours et son boulot de barman, il n’avait quasiment plus de temps pour dormir. Son sommeil se résumait à trois ou quatre heures par nuit, et encore, c’étaient les meilleurs soirs. Il tiendrait autant qu’il pourrait, mais il ne se voilait pas trop la face.
Si encore il n’avait pas eu autant besoin d’argent pour vivre ! Et sans faire aucun excès ! Entre son loyer, le self du lycée et les achats indispensables, les dépenses montaient vite. Et puis, il y avait les frais de scolarité, 3500 euros dont heureusement il avait déjà payé les deux tiers avec son salaire d'été.
Quelquefois, le soir, en allant au bar, il prenait un truc en chemin. Mais un sandwich ou un hamburger chez McDo coûtaient quand même 4 ou 5 euros et il ne pouvait pas se permettre de ne pas manger le soir. Mine de rien, son job lui demandait beaucoup d’énergie et il avait perdu du poids depuis son départ de chez ses parents.
Il n’avait pas de balance, mais il avait resserré ses ceintures de presque de deux crans. Il était temps qu’il se prépare des sandwichs lui-même, dès qu’il aurait le temps de retourner faire des courses. Depuis qu’il avait emménagé, il n’avait pas eu une seule minute pour retourner au supermarché. Ça se faisait sentir au niveau de ses réserves d’ailleurs.
A tout cela s'ajoutaient les frais de transport, l'abonnement mensuel à la carte Imagine R* du métro et le noctylien* pour rentrer chez lui après son travail de nuit. Une lessive à la laverie automatique ne coûtait que deux euros, ce n'était rien et c'était beaucoup à la fois !
En clair, Florient avait pas mal de dépenses à couvrir sur le mois. Et ses rentrées d'argent étaient minces. En travaillant quatre heures chaque soir en moyenne par semaine, plus l’après-midi et la soirée du samedi, il se faisait environ 850 euros par mois seulement.
Il y avait aussi les pourboires. Son record était de 60 euros pour la semaine mais les clients n'étaient pas très généreux. Par les temps actuels et la crise économique mondiale qui avait commencé, ils avaient eux aussi restreint leurs dépenses et leur générosité.
Christian lui avait dit que les pourboires avaient diminué de soixante pour cent en moins d’un an. Mais aussi, Florient était assez réservé avec les clients. Il ne s'attardait pas trop à faire la conversation et ses sourires étaient agréables sans plus.
Ses autres ressources étaient limitées. La CAF* lui versait les APL*, mais ce n'était pas grand chose. Il avait à peine un peu plus de mille euros de revenu mensuel, on aurait pu croire qu’il avait de quoi vivre convenablement. Mais en fait, ça restait très serré.
Et pour terminer, il y avait ses dépenses de santé, et non des moindres !
--
« - Une Despé pour moi ! »
-Voilà, répondit Florient tout en servant le client.
-Servez-moi un Martini, sans glaçons s’il vous plaît.
Il enchaînait commande sur commande depuis le début de la soirée. On était vendredi soir et le bar était bien rempli vu l’heure. A côté de lui, Christian ne chômait pas non plus. Ils n’avaient même pas eu le temps d'échanger quelques mots.
Ce soir, il travaillait de 21h à 1h du matin et là, il était impatient de finir. Il n’avait qu’une seule envie, retrouver son lit. Le lendemain, il avait prépa le matin puis il devait venir travailler de 16h à minuit. Il pourrait redormir un peu juste après le repas de midi, c’était déjà une chance.
Lorsque ça se calma enfin, Christian se rapprocha de Florient et entama la conversation.
« - Est-ce que ça va ? Tu es assez pâle ce soir?
-Juste un peu de fatigue, rien de bien méchant, ne t’en fais pas.
-Je vois. Du mal à tenir le rythme avec les études ?
-Hum…
-Peut-être devrais-tu travailler un peu moins, tu ne crois pas ? Je pourrais embaucher quelqu’un pour te suppléer.
-Je ne peux pas me le permettre , répondit le jeune homme mal à l’aise. A la limite, je pourrais me prostituer, y en a qui font ça après tout … ajouta-t-il de façon mi-ironique, mi-sérieuse.
-Arrête tes conneries ! répliqua sévèrement Christian. Je ne suis peut-être pas ton père mais si je t’entends évoquer ça encore une fois, tu te prendras un bon coup de pied au cul !
-Excusez-moi, je pourrais avoir une bière ? demanda un client assis au bar.
-Tout de suite. » répondit Christian en le servant.
Puis ils reprirent leur conversation.
« -Ecoute, Florient, faire moins d’heures ne veut pas dire forcément gagner moins … commença le gérant avec un petit sous-entendu explicite.
-Que veux-tu dire ?
-Le jeune barman que j’employais avant toi réussissait à se faire des pourboires de folie. Simplement en rendant l’ambiance un peu plus … chaude dirons-nous.
-En gros, il faut que je sois plus « excitant » ?
-C’est ça. »
Florient n’avait jamais été à l’aise pour draguer ou aguicher quelqu'un. Mais le conseil était assez tentant. Si vraiment ça marchait, il pourrait retrouver un meilleur rythme sans que son train de vie sur le plan économique n’en pâtisse. Il était prêt à tester de ce pas.
Des petits clins d’œil, une voix plus mielleuse et susurrante, des petits coups de langue sur les lèvres ... Il avait commencé par ça, rien de plus et l’effet produit fut bien au-delà de ses espérances.
« - Et bien, je crois qu’on va pouvoir revoir tes heures de travail à la baisse, rigola Christian juste avant que Florient ne finisse son temps de travail.
-Je me suis fait plus de pourboires en une heure que sur le reste de la soirée, siffla le jeune homme.
-Tu vois, je te l’avais bien dit. Je suis même sûr que tu peux faire encore mieux. Je vais mettre une annonce pour trouver un serveur supplémentaire. Dès que j’ai trouvé, on diminue tes horaires, d’accord ?
-Je … Oui, je crois que tu as raison, acquiesça malgré lui l’étudiant.
--
Chaque midi de la semaine, Florient avait pris pour habitude de déjeuner avec Anastasia et Alexandre. Alors en ce beau lundi, il était attablé avec eux. Il s’entendait bien avec les deux autres étudiants, sans aller jusqu’à dire que c’étaient des amis.
« - Comment s’est passé ta khôlle d’anglais ce matin ? demanda Alexandre tout en mastiquant un bout de sa cuisse de poulet.
-Très bien, répondit Florient. Mon père est Américain, donc je suis bilingue en fait, précisa-t-il tout en jouant avec sa fourchette.
-Oui, ça aide bien ! s’exclama Anastasia avec un sourire.
-Et toi, si tu as pris Russe en seconde langue, avec un prénom comme le tien, ce n’est pas un hasard, non ? lui demanda Alex.
-En effet. J’ai la double nationalité. Ma mère est Russe et mon père Français.
-C'est chanceux. Moi, je ne suis qu’un simple Français avec un niveau scolaire banal en Anglais et en Espagnol. »
Alexandre sembla réfléchir quelques secondes et reprit.
« - En tout cas ‘Martel’ ne fait pas très Américain comme nom de famille.
-Exact. Tout comme je connais des personnes qui s’appellent ‘Smith’ et ne sont pas du tout Anglais … »
... Ou comment cacher soigneusement le fait que son véritable nom de famille était « Grey », ce qui était on ne peut plus Américain justement. Enfin son père était Américain mais lui avait la double nationalité, tout comme Anastasia.
« - Hum, tu as raison »
Cependant, la plupart du temps, le nom indiquait l'origine de la nationalité quand même. C'était le cas de Gabriel Lied qui avait eu khôlle d’anglais en même temps que lui. De par son accent, il avait lui aussi des origines Américaines à coup sûr.
Florient avait hâte d’être au samedi matin suivant pour faire le DS d’anglais. Ce serait l’occasion de vérifier si leur niveau était identique ou si l’un était meilleur que l’autre. Des petites erreurs à l’écrit arrivaient vite.
Il se doutait aussi que Gabriel allait l’avoir à l’œil au vu du regard qu’il lui avait lancé, quand il avait réalisé à son tour que Florient était bilingue. Le jeune homme avait surtout l’air d’être un élitiste qui visait partout la première place. Son apparence plus jeune avait sauté aux yeux de Florient dès la rentrée. Elle venait du fait qu’il avait un an d’avance.
Il y avait aussi cette histoire qui avait commencée à circuler, comme quoi il aurait eu 19,8 de moyenne au bac. C’était beau, très beau. Même si Florient n’aimait pas écouter les rumeurs en général, celle-là semblait assez vraie.
Physiquement, le jeune garçon était tout à fait au goût de Florient. Les cheveux d’un noir de jais assez courts, les yeux verts – d'après ce qu’il en avait vu derrière ses lunettes carrées - , une bouche en cœur ... il était plutôt attirant.
Il avait à peu près sa taille, morphologiquement il était assez mince sans être maigre. Mais dans la mesure où Gabriel Lied avait un an de moins que lui, il y avait fort à parier qu’il allait le dépasser rapidement. Un garçon de dix-sept ans était loin d’avoir fini sa croissance en théorie.
Mais si physiquement, il lui convenait très bien, psychologiquement ce n’était pas du tout le cas. Plus asocial tu meurs, comme le dit l’expression ! Gabriel Lied n’avait aucun ami dans la classe et repoussait tout le monde.
Florient n’était pas du genre à aller vers les personnes renfermées plus qu’il ne fallait. Ils ne s'étaient donc jamais adressé la parole. Et puis, il y avait ce quelque chose qui le dérangeait sans qu’il puisse mettre le doigt dessus.
--
« - Vous ne trouvez pas que la prof d’éco est bizarre ? reprit Anastasia après un moment de silence consacré à la nourriture. Elle est plus blafarde que les membres de la famille Adams* et elle semble tellement faible, c’est effrayant.
-Maintenant que tu le dis … Elle est peut-être malade, répondit Alex.
-Vous dites ça d’une façon … remarqua Florient.
-Euh … Ouais, désolé. C’est juste une interrogation.
-Et puis, même si c’est égoïste, on est en prépa et si on doit changer de prof en cours d’année, ça peut être très problématique.
-On n’est qu’en première année, rappela le jeune Grey. Les concours pour les grandes écoles ne sont qu’en deuxième, le pseudo retard qu’on aurait est largement rattrapable d’ici là. »
S’il y a bien une chose que Florient devait à son père, c’était l’esprit de toujours tout analyser en détails. Bien souvent il suffisait d'être logique. Et dans la mesure du possible, ne jamais porter de jugement hâtif. Anastasia et Alexandre n’étaient pas méchants ou spécialement bêtes, ils avaient juste une réaction trop spontanée et irréfléchie.
Une fois leur repas terminé, les trois élèves se levèrent pour débarrasser leur table et sortir prendre l’air. Il faisait encore bon dehors en ce mois de septembre. Florient était presque arrivé aux tapis roulants pour les plateaux sales lorsque qu’un élève le bouscula brutalement, renversant le contenu de son plateau sur lui.
« -Mais c’est pas vrai ! rugit Florient. Tu ne peux pas faire attention ? »
Sa chemise et son pantalon étaient couverts de sauce carbonara. Encore heureux que ce n’était pas de la bolognaise, mais pour détacher tout ça…
« -Oh merde ! Je suis vraiment désolé ! »
Le garçon en face de lui était vraisemblablement encore un lycéen en classe de première ou terminale. Il avait bien cinq ou six centimètres de plus que lui, il était brun, les cheveux longs et fins attachés en catogan.
« - Tu es peut-être désolé, mais ce n’est pas toi qui va devoir rester comme ça jusqu’à ce soir ! »
Florient n’était pas d’un tempérament irritable, mais là c’était trop.
« - Ecoute, je suis interne, alors si tu veux, je peux te filer des vêtements à moi pour aujourd’hui … proposa le lycéen mal à l’aise pour tempérer la situation.
Florient le regarda, étonné, et pesa le pour et le contre. La proposition était assez inhabituelle mais c’était peut-être le mieux à faire.
« - Je ne dis pas non. Je ne tiens pas spécialement à rester comme ça.
-Hum, oui. Allons-y de suite, ça sera mieux. J’ai du détachant dans mes affaires, sinon les taches de sauce ne partiront plus après, en attendant de laver tes vêtements. »
Après quelques mots échangés avec leurs amis respectifs, les deux garçons s’éloignèrent en direction du bâtiment de l’internat réservé aux lycéens de la Seconde à la Terminale. Les étudiants post-bac des classes prépas comme Florient étaient, quant à eux, logés dans les résidences du CROUS.
« - Sois discret par contre, normalement, on n’a pas le droit de ramener des personnes extérieures à l’internat…
-OK … »
Le brun les dirigea vers le second étage puis au fond du couloir sur la gauche. C’était une chambre individuelle un peu plus grande que celle de Florient. Il y avait le strict nécessaire : un lit, un bureau, une armoire, des étagères.
« - Vas-y, assieds-toi où tu veux. »
Le garçon ouvrit l’une des portes du placard et en sortit une chemise bleu clair ainsi qu’un jean noir, le tout d’une bonne qualité et bien repassé.
« - J’espère juste que ce ne sera pas trop grand, tu es plus mince que moi à vu d’œil.
-Ça sera toujours mieux que de puer la sauce, remarqua Florient en soupirant.
-Hum…pas faux.
Le garçon se retourna pour laisser Florient se changer.
-Je m’appelle François-Xavier sinon, et toi ?
-Florient, répondit-il. Tu es en quelle classe par curiosité ?
-Term S spé maths. Tu es en CPGE toi, c’est bien ça?
-Oui, en ECS1 pour être exact.
-Ah ? Tu es dans la classe de mon frère alors ?
-Si tu le dis. C’est qui au juste ? Et c’est bon, tu peux te retourner, j’ai presque fini.
François-Xavier fit de nouveau face à Florient qui était sur le point d’enfiler la chemise. Il sembla s’attarder quelques instants sur l’épaule de l’autre où se trouvait une sorte de marque en forme de fine feuille.
« - Tache de naissance, précisa Florient, tout commençant à boutonner la chemise. »
Le lycéen en profita pour ouvrir un tiroir et en sortir un flacon de détachant.
-Si tu as le temps, autant retirer les taches de suite.
-Oui, ça va, j’ai encore vingt minutes.
-Pour te répondre, mon frère, c’est Charles Metzler. Ça te dit quelque chose ?
-C’est vraiment ton frère ? demanda Florient en haussant les sourcils de façon suggestive sur ce qu’il en pensait. Tu m’excuseras, mais j’espère pour toi que vous n’avez rien d’autre en commun que le sang.
Le brun se mit doucement à rire.
-Mon frère a tendance à être un peu trop sûr de lui et à se vanter, n’est-ce pas ?
-C’est le moins qu’on puisse dire … »
En effet, Charles Metzler faisait partie de la bande de petits rigolos qui, le jour de la rentrée, avaient vanté leur valeur et leur soi-disant supériorité. Charles Metzler, Jean-Pascal Dupin et Marco Liviadotti. Les pires de leur classe, même s’ils n’étaient pas les seuls à penser de même. Selon eux, seuls les enfants de familles riches valaient la peine de vivre.
C’était ceux-là mêmes qui dénigraient totalement les élèves qui ne venaient pas d'un « bon lycée». Pour Anastasia par exemple, c’étaient des petites piques gratuites. Florient n’ayant pas voulu dire de quel lycée il venait, cette bande d’abrutis en avait conclu qu’il venait lui-aussi d’un établissement pourri inconnu.
Le fait de loger au CROUS, ce qui se savait déjà, n’avait fait que confirmer selon eux cette thèse. Sans spécialement le chercher, les trois types l’ignoraient totalement la plupart du temps, ne lui lançant que de vagues regards de mépris de temps à autre.
« - Je n’ai pas vraiment la même vision des choses que lui. Mais c’est quelqu’un de bien quand on prend le temps de le connaître.
-J’ai du mal à te croire. Mieux vaut ne pas trop insister sur ce sujet, je pense. Voyons plutôt comment je te rends tes affaires demain. Tu finis les cours à quelle heure?
-Je sors à 17h, mais je prends des cours de Tennis en dehors du lycée donc plutôt à un autre moment.
-Tes cours de Tennis se déroulent où au juste et finissent à quelle heure ?
-Au complexe sportif Fabron. Je ne finis jamais avant 19h, ça peut attendre, tu sais, répondit François-Xavier en haussant les épaules.
-Je préfère toujours régler les choses au plus vite. On m’a toujours appris à faire comme ça, expliqua Florient.
-C’est une bonne chose en effet. Mais là, vraiment, il n’y a aucune urgence. Ecoute, on voit ça plus tard, d’accord ? Les cours vont reprendre, on ferait mieux de se dépêcher. »
Tandis que François-Xavier rejoignait le bâtiment des lycéens, Florient, lui, allait du côté des classes préparatoires aux grandes écoles. Il y retrouva Anastasia et Alexandre qui discutaient ensemble. Juste à coté d’eux se trouvaient Charles et sa bande qui discutaient à voix haute avec Frédéric.
Ce dernier semblait assez mal à l’aise. Le fait de venir de St Cyprien lui avait valu un élan de popularité fulgurant. Pas tout à fait autant que pour Marie-Anne dont le nom était bien plus important, mais tout de même. Charles, Jean-Pascal et Marco ne voulaient plus le lâcher depuis le premier jour.
Frédéric, peut-être un peu trop gentil, acceptait de rester avec eux sans rien dire. Il n’y avait que quand ces trois abrutis décidaient de s’attaquer à Florient que Frédéric avait tendance à pâlir à vue d’œil et à se mettre en retrait.
Frédéric n’avait rien révélé sur lui comme il s’en était douté depuis le début. Même une fois sorti de St Cyprien, on n’oubliait jamais à qui on avait affaire lorsqu’il s’agissait d’un de ses anciens camarades. Les bases des relations amicales, politiques ou commerciales les plus importantes commençaient à St Cyprien. Il n'y avait qu'une exception : les élèves venant de l’équivalent de l’établissement à l’étranger.
A New York se trouvait l’école Cécile de France qui intégrait classes primaires, collège et lycée. Elle était affiliée à St Cyprien. La scolarité se passait à l'américaine ou à la française au choix. Dans quelques rares cas, on pouvait même faire une sorte d’association entre les deux.
Marie-Anne et Florient avaient eu envie d’y aller, mais leur père avait refusé catégoriquement pour ils ne savaient quelle raison. Au final, St Cyprien avait été parfait et Florient n’avait jamais eu à s’en plaindre.
Charles tourna le regard vers lui et le fixa de façon assez soutenue pendant quelques instants. Le professeur qui ouvrait la porte le fit cesser. Pour le moment, il n’y avait encore entre eux rien de bien méchant. Mais si ça continuait ainsi, Florient risquait de s’énerver à un moment ou un autre.
Il avait toujours eu horreur de ces personnes qui se prennent pour plus importantes qu’elles ne sont. Marie-Anne était une petite princesse capricieuse, mais elle pouvait largement se le permettre. Metzler n’était rien par contre. A l’heure actuelle, Florient n’était peut-être pas mieux que lui, mais il savait d’où il venait.
Dans le fond, il restait l’enfant de bourgeois qu’il avait toujours été. Il ne pensait pas que le milieu dont on était issu était ce qu’il y avait de plus important, mais il en connaissait l'influence. Et même lui, déchu par son père, pensait avoir toujours un minimum de reconnaissance dans ce milieu. Il n’avait pas tort.
--
Il n’était que 22h environ et le bar était bien rempli. C'était loin d’être la folie vu qu’on était en pleine semaine, mais il y avait quand même de quoi bien bouger.
« - Un whisky coca, c’est possible ?
-Tout de suite, dit Florient en attrapant une bouteille et un verre propre avant de se retourner ... Cyril ?! ajouta-t-il. Qu’est-ce que tu fais là ?
C'était le frère de Nathan, son ancien camarade de lycée, d'un an plus âgé que lui. La dernière fois que Florient l'avait vu, c'était à la fête de fin d'année, juste avant son départ un peu précipité de la maison.
-Euh … En fait je suis venu pour te voir, répondit le jeune homme avec un sourire un peu maladroit.
-Ah ? demanda bêtement Florient tout en lui tendant le verre.
-Oui. J’ai croisé Arthur il n’y a pas longtemps. Il m’a expliqué que la vidéo t’avait porté quelques petits préjudices. Je tenais à te présenter mes excuses, je pense que je te dois bien ça. dit-il tout en sortant la monnaie pour payer.
-Tu n’y es pour rien, le rassura le jeune Grey. Personne ne pouvait prévoir ça et c’est à moi d’assumer mes actes de toute façon.
-Peut-être, mais je me sens responsable quand même. Alors, si je peux faire quoi que ce soit …
-Hum … Invite-moi à déjeuner dimanche à midi, si tu tiens vraiment à faire quelque chose, répliqua Florient avec un grand sourire séducteur.
-Euh … D’accord. On fait comme ça alors, » répondit Cyril avec un petit rire.
La perspective d’être à dimanche devenait de plus en plus alléchante. Sa journée allait sûrement être plus sympa que prévue. Florient avait toujours bien aimé Cyril même s’il n’avait pas cherché plus. Il faudrait qu’il pense aussi à remercier Arthur. Sans lui, cette ancienne connaissance bien sympathique ne serait pas venu le voir.
Et à propos d’Arthur, ça faisait un moment qu’il ne l’avait pas vu non plus. Son meilleur ami lui manquait, il fallait absolument qu’il l’appelle dans les jours suivants et qu'il trouve un moment libre pour aller le voir.
--
Khôlle : Pour plus de compréhension, je vous invite à aller lire l’article détaillé que l’on trouve sur Wikipédia. En voici un court extrait : Une khôlle est une interrogation orale (pouvant aussi être orthographiée «colle ») s'inscrivant dans le cursus des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Dans toutes les filières, à l'exception de certaines littéraires, il y en a en principe deux par semaine.
Imagine R : Carte d’abonnement du métro Parisien pour les jeunes et les étudiants (collège, lycée, université, etc ).
noctylien : Service de bus nocturne à Paris. Fonctionne de 00h30 à 5h30 du matin.
CAF : Caisse d’allocations familiales. Dans notre bonne vieille France, la caisse principale qui distribue des sous à ceux qui, théoriquement, en ont besoin. Par exemple, vous avez des enfants ? On vous donne des sous. Merci les lois sociales !
APL: Aide personnalisée au logement. Normalement, tous les étudiants y ont droit. Ça n’est jamais très élevé, mais ça aide bien quand même !
02 février 2009
DTA - Chapitre 3
Déploie tes ailes
Auteur : Ayuluna
Note
:
J’espère que le « scolaire » vous plaît, parce que ce chapitre
en est pas mal imprégné comme j’avais prévenu. Bienvenue dans le
milieu étudiant :p !
Je tiens aussi à bien préciser que même
si cette fiction se veut un minimum « réaliste », elle en reste «
fictive » et donc tout n’est pas à cent pour cent juste. De même,
veuillez excusez mes lacunes en connaissance des CPGE éco et aussi
de Paris, pauvre provinciale que je suis XD.
Compte
tenu du fait qu’il s’agit d’une histoire fictive, j’ai aussi
fait le choix de ne pas utiliser le nom de véritables grands lycées
comme Henri IV and co.
A la fin du chapitre, je mets un «
lexique » pour toutes les abréviations et autres mots spéciaux de
l’univers prépa. Si je fais des erreurs, n’hésitez surtout pas
à me le dire (moi qui n’ai jamais été attirée par les études
de commerce, je commence à m’y connaître mais pas totalement XD).
Merci à Pyanfar qui corrige cette histoire.
--
Chapitre 3 :
--
Début septembre était arrivé bien plus vite que Florient ne l’aurait cru. Il n’avait pas vraiment eu une seule seconde à lui pour respirer, depuis qu’il était parti de chez ses parents. Entre les démarches administratives et son travail, il avait bien donné.
Il faut dire qu’il avait fait aussi le plus possible d’heures supplémentaires pour gagner un peu plus. Il était bien loin des trente-cinq petites heures de travail par semaine. De plus, voyant que Florient faisait du bon boulot, son patron avait décidé de s’accorder un peu de vacances. Bon, il surveillait quand même de loin ce qui se passait au bar naturellement.
Les choses avaient bougées un peu sur d’autres points aussi. Au CROUS, Florient n’avait pas pu avoir de bourse, même au niveau le plus bas. Son dossier était un peu « bancal » selon certains et son nom n’avait vraiment pas aidé sur ce coup-là.
Cependant, la responsable qu’il avait rencontrée la première fois avait pu lui obtenir un logement en cité universitaire. Par chance, son lycée avait un accord avec le CROUS pour le logement de ses étudiants en CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) et le logement n’étant pas réservé aux seuls boursiers ( même s’ils étaient prioritaires ), Flo y avait droit. C’était son budget qui était bien content en tout cas.
Le jeune homme était en train d’aménager sa nouvelle chambre universitaire. Cependant, vu le peu d’affaires qu’il possédait, ce n’était pas bien dur. Sa résidence se situait assez près de l’école, à quinze minutes à peine en prenant le métro. Ça, c’était le bon coté …
A contrario, c’était bien plus éloigné du bar et il ne pouvait pas quitter son job s’il voulait payer ses factures. De plus, l’avantage du bar était qu’il pouvait travailler le soir et le week-end. Mis à part dans un fastfood, il n’aurait jamais trouvé de tels horaires. Et le « Angels of Hell » offrait un cadre et un salaire bien plus agréable qu’un McDonald.
Mais bon, il n’allait pas pouvoir non plus travailler toute la nuit … Parce qu’il avait cours de 8h à 18h et qu’ensuite, il fallait fournir un minimum de travail personnel et se ménager des temps de révisions. Tout allait être serré et il devrait faire très attention à ses comptes.
D’autant plus que, même s’il avait souscrit à la mutuelle étudiante – effective dès le premier octobre - , certains de ses médicaments n’allaient certainement pas être pris en charge. Et forcément, ceux qui étaient les plus chers. Sans parler des consultations chez son médecin. Pour le généraliste, il pouvait aller voir n’importe qui. Mais il se devait de garder son spécialiste qui avait de beaux dépassements d’honoraires.
Une fois ses maigres affaires rangées, Florient décida d'aller faire un tour hors de sa chambre. Les cours commençaient le lendemain et par chance il ne travaillait pas ce soir-là. Il nota que dans un coin spécial, au rez de chaussée de la résidence, se trouvaient des machines à laver à pièces ainsi que quelques sèche-linge. Il remarqua aussi des distributeurs de boissons et de friandises dans le hall.
Devant la résidence, était aménagé une sorte de mini parc avec quelques fleurs et des bancs. A peine plus loin, et c’était la meilleure découverte de la soirée, se trouvait le restaurant universitaire. Celui-ci était ouvert midi et soir, ce qui n’était pas mal du tout.
Comme le campus de Droit était à deux pas de là,le Resto U et la résidence étaient proches. Bref, c'était un bon plan pour manger certains soirs pour pas trop cher sans avoir à cuisiner. Sinon, c'était un quartier de Paris relativement calme, une chance aussi de ce côté là.
Florient jeta un bref coup d’œil à sa montre qui indiqué 20h12 et opta pour un passage au fastfood chinois qui se trouvait deux rues plus loin. Il n’avait pas encore fait d’approvisionnement alimentaire, il fallait qu’il y pense le lendemain. Le bar étant fermé le lundi, c’était son jour de repos.
Il prit un poulet ananas avec du riz cantonnais et un thé glacé au litchi à emporter. Il mangerait calmement dans sa chambre. Le ciel était déjà sombre et il ne s’attarda donc pas dans les rues plus longtemps. Une fois son dîner terminé, il prépara ses affaires pour la rentrée et alla se coucher directement. Mieux valait être en forme le premier jour.
Le réveil sonna à six heures pile et comme à son habitude, le jeune homme fut immédiatement sur pied. Ayant sa propre salle de bain, il put prendre sa douche sans attendre et s’habiller. Trente minutes plus tard, habillé d’une chemise blanche à manches courtes et d’un jean bleu marine, sa sacoche passée sur son épaule et tenant un porte-document contenant des feuilles, sa calculatrice et de quoi écrire. il était prêt à partir.
Il avait pas mal d’avance, mais c’était bien parce que ça lui laisserait le temps de prendre un petit-déjeuner dans un café. Pas un truc à faire tous les jours pour ses finances, mais une fois exceptionnellement ne lui ferait pas de mal. Il sauta dans le premier métro et un quart d’heure plus tard, il se trouvait dans le quartier de son lycée.
Quelle ne fut pas sa surprise de trouver un Starbuck Coffee juste à coté de la station de métro ! C’était tout simplement parfait. Il put se prendre un grand chocolat viennois avec une belle part de tarte poire-chocolat et un croissant. Il n’avait pas pris un aussi bon petit-dèj depuis un bon moment et c’était vraiment relaxant pour un matin de rentrée scolaire.
Florient arriva devant les portes de l’établissement à huit heures moins dix. Les grilles étaient ouvertes et pas mal d’élèves étaient déjà présents. D'après ce qu’il savait, les lycéens avaient repris quelques jours auparavant. Seuls les étudiants en prépa commençaient leurs cours ce jour-là.
Ce qui était certain, c’est qu'il voyait bien plus d’élèves que dans son ancienne école. Beaucoup, beaucoup plus même, mais il y avait une très bonne raison à ça. Il se dirigea vers le panneau d’affichage et trouva rapidement les indications pour rejoindre le bâtiment des prépas.
Plus il s’approchait, plus il voyait des élèves de son âge ou un peu plus âgés que lui rentrer calmement à l’intérieur. Il fit de même et se dirigea là où le plus de monde était rassemblé. Il avait bien fait. En effet c’était là que se trouvait l'affichage des différentes classes.
Alors qu’il cherchait son nom, il reconnut sur différentes listes trois noms qu’il connaissait. Celui de sa sœur … Mais aussi ceux de deux autres personnes qui avaient été à St Cyprien tout comme lui. Ça allait être serré … Il ne restait plus qu’à croiser les doigts sur ce coup-là. Après avoir enfin trouvé son propre nom et sa classe, il se dirigea vers la salle 22B comme indiqué.
Alors qu’il marchait dans le couloir, il reconnut Marie-Anne qui attendait elle-même devant ce qui devait être sa salle de cours. Son sang ne fit qu’un tour et il la fixa quelques instants avant de se reprendre. Elle-même le regarda avant de détourner les yeux vers un petit groupe de personnes qui lui parlaient. Elle lui avait fait comprendre en un instant qu’elle suivait leur père et qu’il n’était plus rien pour elle.
A peine eut-il tourné au bout du couloir qu’il s’appuya contre le mur et sortit de sa sacoche un tube de comprimés. Il en avala deux de suite discrètement avant de se remettre bien droit comme si de rien n’était. Et puis … Ce n’était pas comme s’il s'était attendu à autre chose.
Devant sa salle de cors attendaient déjà une quinzaine de personnes. Un peu plus de garçons que de filles. Certains étaient seuls, d’autres discutaient à deux ou trois.
«- Depuis le temps que j’attendais d’être enfin en prépa !
- Ne m’en parle pas. Et surtout, être en prépa ici. Elle est dans le top cinq, faut pas l’oublier.
- J’étais déjà au lycée ici, alors bon, pas trop dur d’être pris dans cette classe.»
OK, si tous les gars de sa classe étaient aussi narcissiques, le courant allait mal passer entre eux. D'accord, le lycée Catherine de Médicis était l’un des meilleurs de France et avait aussi l’une des meilleures prépas. Mais pour autant, être admis ici ne faisait pas tout. De plus, avant de se vanter, mieux valait déjà réussir à aller au bout de l’année.
Florient lui-même savait que la prépa serait difficile et que tout le monde ne passerait pas en seconde année.
« - Je vise HEC Paris en tout cas. Et ensuite, je serai employé dans la société de mon père. Il est PDG d’une des plus grandes entreprises de Paris.
- Ah ouais, je vois. Pour ma part, mon père est ingénieur et ma mère est médecin. J’avais envie de faire autre chose qu’eux.
- Mes parents travaillent dans une grande entreprise américaine. Ils font des allers-retours entre New York et Paris chaque semaine. »
Florient se retint difficilement de ne pas ricaner un peu. Ces trois-là se la jouaient vraiment, alors qu’en réalité, ils n’étaient rien. Il était sûr et certain qu’ils n’avaient pas été des élèves de St Cyprien. Il y avait passé toute sa scolarité, la maternelle, le primaire, le collège et le lycée.
L’établissement privé n’accueillait que les plus grands héritiers du pays. Ils étaient moins d’une soixantaine par niveau de classe. En terminale, il y avait tout juste une classe littéraire, une scientifique et une économique et sociale.
L’effectif de chacune n’atteignant pas tout à fait la vingtaine d’élèves, évidemment, ils se connaissaient tous depuis l’enfance ou presque. A quelques exceptions près, ceux qui avaient fréquenté d’autres écoles privées très sélectives, à l’étranger généralement.
D’autres élèves arrivèrent puis ce fut le tour de celui qui semblait être leur professeur référent. Ce dernier ouvrit la porte et fit signe à tout le monde d’entrer et de s’installer. Florient alla s’assoir au deuxième rang, tout à gauche. Il n’aimait pas être au centre. Même si on voyait mieux le tableau, le professeur vous voyait mieux aussi.
Il avait toujours été un bon élève, comme la plupart à St Cyprien, mais pour autant, il participait peu en classe. Il était à l’aise à l’oral de façon générale, cela n'avait rien à voir avec ça non plus. C’était juste qu’il avait un tempérament discret malgré son charisme naturel.
« - Bonjour à tous, commença le professeur. Vous êtes donc la classe ECS1. Si quelqu’un s’est trompé de salle, c’est le moment de partir. Personne ne s’est trompé ? Très bien, alors commençons. Je vais d’abord faire l’appel, pour voir si personne ne manque. Abetini Nicolas ? »
Une main se leva de l’autre côté de la salle.
« - Aznar Gonzalès ? »
Une autre main se leva au milieu. Le garçon portait bien son nom, ses traits étaient purement espagnols à ce qu’on pouvait en voir.
« - Bergerac Ludivine ? »
Encore une autre main. Et ainsi de suite, chacun leur tour, les élèves confirmaient leur présence.
« - Lied Gabriel ? »
Un garçon qui faisait plus jeune que Florient soupira et leva lui aussi la main. Il avait un regard qui se voulait très sérieux mais ses traits quelque peu enfantins démentaient le tout.
« - Martel Florient ? »
Ah, c’était son tour. Il leva son bras avant de le rabaisser. Martel … Le nom de jeune fille de sa mère. Le principal avait accepté sans problème de l’inscrire sous ce nom-là. Il avait compris le désir du jeune Grey de vouloir être tranquille. Parce qu’un nom comme Grey dans une prépa HEC, c’était voué à attirer pas mal d’hypocrites autour de soi.
Il vit un seul regard se tourner vers lui, mi-intrigué, mi-hésitant. C’était Frédéric, un gars qui était originaire de St Cyprien tout comme lui. Sauf que Florient était en S et Frédéric en ES. Ils se connaissaient juste de vue. Même si leur ancien lycée était petit, tout le monde ne se fréquentait pas. Il y avait un peu une hiérarchie et des affinités même là-bas.
Frédéric était un garçon plutôt discret qui avait toujours porté entre autre un grand respect à Florient. Il serait bon que le jeune Grey lui touche un ou deux mots, mais il était quasiment convaincu que même sans ça, l’autre n’oserait pas s’aventurer à dire quoi que ce soit sur lui.
D’autant plus que d'après ce qu’il savait, il n’était pas bête et devait avoir compris quelle était l’une des raisons qui poussait Florient à ne pas vouloir être connu sous son nom de naissance à Catherine de Médicis.
« - Bien, puisque tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer. Tout d’abord, je vais vous distribuer vos emplois du temps. »
Langues, mathématiques, culture générale, AEH, économie et EPS. Mais Florient était dispensé de la dernière matière, ça lui faisait gagner deux heures par semaine. Toujours bon à prendre. Tous ses samedis matins étaient bouffés par quatre heures de DS, mais ça, il le savait avant même la rentrée.
« - Hum, je crois que je ne me suis pas encore présenté. Je suis le Professeur Meyer, j’enseigne les mathématiques. Autant dire que vous allez me voir plusieurs heures par semaine. Je suis votre professeur principal. S’il y a le moindre problème, n’hésitez pas à venir me voir. »
La matinée passa assez rapidement en fin de compte. Il fut l’heure du déjeuner et tous se dirigèrent hors de la classe assez rapidement. Ils n’avaient qu’une heure pour manger alors mieux valait ne pas tarder. Florient se dirigea vers le self comme la plupart. Dans la file d'attente pour prendre les plateaux, une des filles qui était dans sa classe se décida à l’aborder.
« - Salut. Je m’appelle Anastasia. Vu qu’à priori, on ne connait personne ni l’un, ni l’autre, pourquoi ne pas manger ensemble ? »
La fille semblait être assez directe, et ce n’était pas pour déplaire à Florient. Il préférait ce genre de caractère à l'hypocrisie. Physiquement, elle était assez banale mais pas moche non plus. Mesurant dans les un mètre cinquante-cinq à tout casser, brune, les yeux marrons et habillée assez simplement. Pas vulgaire du tout et pas maquillée comme une voiture volée. Si elle se montrait un minimum intelligente et pas trop « glousseuse », ça devrait bien se passer.
« - Oui, pourquoi pas en effet, répondit-il.»
Après s’être servis, ils cherchèrent une table libre et s’y installèrent. A peine s’étaient-ils assis qu’un jeune homme, aussi de leur classe, demanda s’il pouvait se joindre à eux.
« - Bien sûr, répondit Anastasia avec un grand sourire.
- Merci, c’est sympa. Je m’appelle Alex avant que vous me le demandiez.
- Anastasia.
- Florient.
- Et bien voilà, les présentations sont faites, dit le fameux Alex tout sourire. On a beau dire, on se sent toujours lycéen et non étudiant en étant ici.
- Ne m’en parle pas. Et puis, on se rend compte aussi que Catherine de Médicis reste un lycée en soi malgré sa réputation impressionnante. Je m’attendais à quelque chose de plus ‘spécial’ en fait. Je viens d’un bon lycée mais qui ne faisait pas partie des meilleurs, se justifia-t-elle.
- Ah ? Je viens du lycée Contes perso, dans le top cinq de Paris. J’ai pas mal galéré pour y entrer, mais je n’ai jamais regretté.
- Et toi, tu viens d’où ? demanda la jeune fille à Florient.
- Ça n’a pas d’importance, répondit-il assez vaguement. Et puis, je pense que si chacun de nous est ici c’est qu’il a prouvé qu’il en avait les capacités non ? C’est ça qui prime avant tout. »
Il avait dit cela d’une telle façon qu’aucun des deux autres élèves ne trouva à redire. Florient avait une très bonne élocution et aussi beaucoup de confiance en soi. Ça lui permettait généralement d’être écouté attentivement.
Une table plus bruyante que les autres attira l’attention de la plupart des élèves du réfectoire. Florient ne fut pas trop surpris de voir que Marie-Anne s’y trouvait … Avec autour d’elle, plusieurs personnes de sa classe ainsi que d’autres qui semblaient légèrement plus âgées. Certainement les 'deuxième année' en prépa HEC.
« - Il parait que c’est la fille de Bernard Grey, le PDG de la firme Vivencis, dit Alexandre. Y’en a qui ont de la chance, on peut le dire.
- Mais, elle n’est pas de notre classe non ? Elle est en ECE ?
- Même pas. Elle est en prépa lettres, c’est fou hein ? »
Décidément, Florient ne regrettait vraiment pas de s’être inscrit sous le nom de sa mère. En moins d’un jour, il avait pu le constater plutôt deux fois qu’une comme on dit.
A la fin de la journée, il ne se fit pas prier et prit le premier métro qu’il put. Il fallait qu’il aille faire quelques courses à son grand dam et ne voulait pas rentrer trop tard. Par chance, un Carrefour se trouvait à moins d’un kilomètre de sa résidence étudiante. Comme il n'avait pas de voiture, il fallait qu’il ramène tout à pied. Ce qui voulait dire ne pas trop se charger.
Sa liste de courses était assez simple et typiquement étudiante: pâtes, sauce bolognaise, beurre, plats tout prêts sous vides, nouilles chinoises, quelques conserves de légumes, deux briques de lait, des chips et du chocolat pour la gourmandise. C’est tout ce que son budget lui permettait à l’heure actuelle et c’était déjà très bien.
Bien sûr, ça le changeait vraiment de ses anciens repas chez lui. Depuis qu’il était tout petit, il y avait toujours eu une cuisinière qui préparait chaque repas. Il mangeait chaque jour des mets d'excellente qualité : Coquilles St Jacques et riz safrané, Tournedos de Saumon et pommes de terre, Faux filet sauce fromagère, Curry de porc, et bien d’autres choses encore.
Ça lui manquait assez, mais pour autant il pouvait très bien s’en passer. Ce n’était pas comme si avant ça, il n’avait jamais mangé au McDo avec des amis de toute façon. Et puis, chaque midi, à St Cyprien, c’était soit self à l’école, soit sandwich sur la place la plus proche.
Précisons que contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le self de son ancienne école était loin d’être meilleur que celui de n’importe quel établissement scolaire. Du surgelé collectif réchauffé comme partout ailleurs !
Lorsqu’il sorti de l’hypermarché, il faisait déjà bien nuit et un vent frais s’était levé. Il regrettait de ne pas avoir pensé à prendre une veste le matin même. Sa chemise à manches courtes était un peu trop légère pour les soirées du mois de septembre. Ça lui servirait de leçon en tout cas.
Il poussa un petit soupir en arrivant à la résidence et rangea tout rapidement. Il se prépara un plat de pâtes au beurre qu’il avala ensuite. Il fit son sac pour le lendemain comme il faisait toujours et se coucha tout de suite après. Vu le peu de soirs où il avait le bonheur de pouvoir se coucher tôt, autant en profiter. Le lendemain il aurait à travailler toute la soirée par exemple.
--
Il était déjà près de vingt-deux heures et Florient commençait à être fatigué. A peine ses cours finis, il était aussitôt venu travailler au bar. Tout juste le temps de se prendre un sandwich froid en chemin pour ne pas rester sans rien dans l’estomac.
Il venait de passer une semaine assez fatigante entre les cours et le boulot. Le lendemain était dimanche et il l’attendait avec impatience. C’était le seul jour de la semaine où il ne faisait strictement rien à part les devoirs qu’il avait à rendre et quelques révisions. Et entre nous, il s’accordait la grasse matinée ce jour-là.
Une seule semaine s’était écoulée depuis la rentrée et déjà il savait que cette année allait être très dure pour lui. Cumuler un tel emploi du temps se révélait plus éprouvant qu’il ne l’avait cru pendant l’été. Il s’était dit que son assez bonne intelligence et son caractère décidé seraient déterminants, mais visiblement ça ne suffisait pas tout à fait.
« - Et bien, t’en tire une de ces têtes, lui dit une voix familière. »
Florient leva les yeux et vit un jeune homme qu’il connaissait bien assis en face de lui sur le tabouret.
« - Damien ? Qu’est-ce que tu fais là ?
- Comme tu ne m’as pas donné de nouvelles dernièrement et que je me doutais que c’était parce que tu n’avais pas le temps, je me suis dit que le mieux était de passer te voir ici.
- Oui, c’est vrai. Ça me fait plaisir de te voir, lui répondit-il, tout en essuyant un verre.
- Bon, j’avoue que je suis aussi venu pour voir un peu s’il y a quelqu’un qui pourrait me plaire, dit Damien avec un air totalement innocent qui fit sourire Florient.
- Alors toi…
- Je suis célibataire, il n’y a donc rien de mal. Sauf si tu veux qu’on se remette ensemble bien sûr … susurra le jeune homme tout en lançant un clin d’œil au barman.
- Damien…
- Je sais, je sais. On s’entend bien mieux en étant amis plutôt qu'amants. Et sexuellement, ce n’était pas trop ça entre nous …»
Il ne put en dire plus du fait que Florient s’était empressé de mettre sa main devant sa bouche pour l’empêcher de continuer.
« - Rah, j’ai compris, grommela Damien.
- Juste amis, répliqua sérieusement une fois de plus Florient. Je tiens à toi Damien, mais comme à un très bon ami. C’est déjà assez compliqué en ce moment, alors s’il te plaît ... »
Le blond se leva de son tabouret et fit glisser tendrement une main sur la joue du barman.
« - Même si c'est seulement en tant qu’ami, tu sais que je serai toujours là, Flo, si tu as besoin. Dans le fond, je crois que je t’ai toujours vu comme un frère quelque part.
- L’image est assez spéciale. On ne couche pas vraiment avec son frère, se moqua gentiment le jeune Grey.
- Bah, tu m’as compris, lui répondit-il en levant les yeux au ciel. »
Mais à vrai dire, même si Florient avait répondu avec humour, il était touché par les paroles de Damien. Sa visite lui remontait bien le moral et lui donnait de l’énergie pour continuer. Et c’est qu’il allait en avoir besoin, de l’énergie ! Ce n’était que le début après-tout.
--
CPGE
: Classe préparatoire aux grandes écoles.
ECS : CPGE Economique
et commerciale voie Scientifique (pour les bacs S et ES spé
maths).
ECE : comme ECS mais pour les bacs ES exclusivement.
AEH
: Analyse économique et historique des sociétés contemporaines.
27 janvier 2009
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué
Titre : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué
Résumé : Cyril, 18ans, étudiant mène une vie banale à quelques détails près. Une famille recomposée divisée en deux, la fac, le sport et puis...Les interrogations sur ses attirances comme tout ado doit se poser un jour.
Note : A priori, il s'agira là d'un long One Shot, ou sinon d'un two-shot je pense. Ce ne sera pas très long et la quasi totalité de la trame est déjà prévue. Ce sera assez spécial en tout cas comme truc xD !
Avancement (27/01/09) :
- 2 pages écrites
28 décembre 2008
DTA - Chapitre 2
fidlansi, je suis contente si cette histoire te plaît. J'essaye toujours d'avoir des idées qui changent un peu. Si je tiens le pari, alors c'est pour moi vraiment génial ^^".
Déploie tes ailes.
Auteur : Ayuluna
Note : Ce
chapitre se déroule dans une ambiance quelque peu « spéciale »,
j'ai envie de dire. qu'on est encore ici pendant les vacances et l'ambiance
s'en ressent complètement. Le prochain chapitre se retrouvera par contre dans
un décor bien plus « scolaire » ;-) !
MAJ
03/01/2009 :
Merci à Pyanfar d’avoir corrigé ce chapitre.
--
Chapitre 2 :
--
Florient dévala le quartier sans un seul
regard en arrière en gardant les yeux grands ouverts et en tentant de respirer
calmement. Ce n'était certainement pas le moment de s'emporter. Cela lui
causerait plus de problèmes qu'autre chose, et ça, il le savait très bien.
Récapitulons. Il était dans une sacrée
merde pour ne pas rester poli. Bon, il se doutait depuis un moment que ça
pouvait arriver. Mais pas aussi vite, pas aussi soudainement. Là, il n'avait
pas eu le temps de réagir ou faire vraiment face. Il n'avait pu qu'obéir à son
père et partir le plus rapidement possible avant que ce ne soit pire encore. Si
au moins son paternel avait pu apprendre la nouvelle plus délicatement,
ça ne se serait peut-être pas passé tout à fait comme ça...
Mais en même temps, s'il avait dû rester,
il aurait eu droit à des séances chez le psy pour régler cette « maladie ».
Comme s’il n'était pas assez malade comme ça depuis sa naissance ! De même, ses parents se seraient arrangés
pour inviter les jeunes filles de leurs connaissances pour le reste de l'été.
Dans le seul but de le faire changer de bord évidemment. Quoi d'autre encore ?
Sûrement de quoi dresser une belle liste dans le genre.
Il n'était pas malade bon sang ! Et ce
n'était pas un caprice d'ado ou une simple passe comme ça ! Lui-même avait déjà
eu du mal à accepter pleinement sa sexualité ... Alors, si en plus on
l'enfonçait, que pouvait-il faire ? Quand, à seize ans, il avait découvert ses
véritables penchants, il avait d'ailleurs sérieusement pensé au suicide en
premier lieu. Il avait bien failli y arriver ... Mais ça, ses parents n'en
avaient rien su. Encore heureux ! Son père n'aurait rien trouvé de mieux que de
l'engueuler pour ce geste minable.
Depuis, il avait fait du chemin et n'y
songeait plus. Il avait compris que le suicide n'était qu'une fuite et non une
solution. Il tenait à la vie un minimum pour vouloir s'y accrocher. Et à
présent, il avait une rage de vivre. Une rage de vaincre. Il allait prouver à
son père qu'il pouvait s'en sortir sans lui. Oh non, il n'allait pas se laisser
abattre ! Il allait se battre. Nuance...
Florient marcha un bon moment. Ce ne fut
qu'une fois devant une grande demeure d'un quartier chic qu'il s'arrêta. Il
sonna au grand portail en fer forgé et attendit patiemment.
« Oui, c'est pour quoi ? » répondit une
voix professionnelle.
« Je suis Florient Grey, l'ami d'Arthur ...
»
« L'ami d'Arthur » était surtout là pour
signaler « qui » il venait voir. Le simple nom de Grey dans cette demeure
suffisait à faire frissonner tout le personnel. Sans parler du fait que ce
n'était certainement pas la première fois qu'il venait.
Le grand portail s'ouvrit de lui-même et un
majordome ne tarda pas à arriver à sa rencontre. On le fit avancer le long de
l'allée de pierres jusqu'à l'entrée. Là, on le dirigea vers le petit salon et
on lui proposa un thé le temps que son ami arrive. Il déclina gentiment
l'offre. Les règles de bonne conduite auraient dû lui faire accepter, mais pour
une fois, au diable ces foutus règles !
« Hé ! Flo ! » s'exclama la voix du jeune
homme qui se précipitait vers lui.
« Salut Arthur » dit-il tout en serrant la
main de son meilleur ami.
Arthur était plus grand que lui, il
mesurait près d’un mètre quatre-vingt-dix. Ses cheveux était roux, coupés court
et très soignés.
« Viens, on sera mieux dans ma chambre pour
discuter »
Ils montèrent les escaliers et se
retrouvèrent dans la dite pièce. Tout était luxueux ici, tout comme « chez lui
». Un peu moins toutefois, les Grey étant particulièrement très riches.
Son père n’était pas n’importe quel PDG mais l’un des plus riches et des plus
influents du pays après tout.
La chambre d’Arthur était très vaste. Les
murs blancs étaient ornés d’un ou deux posters de femmes dénudées et d’affiches
de films. Un énorme écran plasma se trouvait sur le mur en face du grand lit à
deux places couvert de draps en soie. Arthur avait aussi une collection de DVD
plus qu’impressionnante sur une étagère, à coté de son bureau. Bureau sur
lequel se trouvait un ordinateur dernier cri. Bref, le jeune homme ne manquait
de rien.
« - Alors, qu’est-ce qui t’amène ? »
demanda Arthur tout en s’asseyant sur un de ses fauteuils.
Florient vint s’asseoir sur le siège voisin
de celui de son meilleur ami et prit une bonne inspiration.
« - Je me suis disputé avec mon père »
répondit-il à mi-voix.
Le roux sembla très étonné.
« - C’est la première fois il me semble,
non ? »
« - Plus ou moins … Disons qu’il n’y a
jamais eu de réelles disputes entre nous. Du moins, jusqu’à aujourd’hui »
« - Quelle sanction ? » demanda le roux
après un temps de réflexion.
Florient eut alors un petit rire nerveux
avant de passer la main dans ses cheveux.
« - Il m’a renié. Je ne suis plus son fils
» termina-t-il avec une boule dans la gorge.
« - Que…Quoi ? »
« - Tu as bien entendu. Il a fait la même
chose qu’avec ses employés. Dès qu’on le ‘déçoit’, on n’est bon qu’à être jeté.
Il ne veut plus jamais me voir. Et je sais qu’avec lui, ce ne sont pas des
paroles en l’air »
« - Il a dû dire ça sous le coup de la
colère, tu ne crois pas ? Il ne peut pas réellement te mettre à la porte ? »
« - Si. Sur ce point là je le connais bien
»
« - Qu’est-ce que tu as fait qui ait pu à
ce point le mettre en colère ? »
Florient se releva et fit quelques pas,
quelque peu mal à l’aise.
« - Tu as vu la vidéo de la soirée du bac ?
»
« - Oh … »
« - Ouais … »
Arthur se mordit la lèvre, sans dire quoi
que ce soit dans un premier temps.
« - Je ne sais pas quoi te dire, Flo. En
plus, tu sais aussi bien que moi que ma famille ne pourra pas t’aider face à
ton père … »
« - Je sais, ne t’en fais pas. Ce n’est pas
pour ça que je suis là »
En effet, le père d’Arthur, bien que
personne importante, était avant tout le bras droit du père de Florient. Ce qui
signifiait qu’il ne pouvait se permettre de se mettre Bernard Grey à dos. Les
deux hommes, même s’ils s’entendaient bien, n’étaient pas pour autant les
meilleurs amis. Ils avaient surtout des relations purement professionnelles.
« - C'est juste pour que tu sois au
courant. J’ai mon portable sur moi encore pour le moment, mais il risque de ne
pas rester opérationnel encore longtemps. Je préférais te donner la nouvelle de
vive voix. Je ne sais pas encore ce que je vais faire au juste »
« - Je n’arrive pas à y croire … » murmura
le roux plus pour lui-même qu’autre chose.
Florient se tourna vers son meilleur ami et
lui adressa un maigre sourire.
« - Je vais y aller maintenant, il vaut
mieux. J’essayerai de te donner des nouvelles dès que je pourrai »
« - Attends ! » dit Arthur tout en se
relevant à son tour et en se dirigeant vers son bureau. Il tira un des tiroirs
et en sortit son portefeuille. «
Laisse-moi au moins te donner un peu de monnaie »
« - Merci, mais non » répondit le jeune
homme.
« - Prends ça comme une avance, si tu
préfères » négocia le rouquin.
Il fallut quelque insistance de la part de
son ami pour que le jeune Grey finisse par accepter. Les « au revoir » se
passèrent assez rapidement. C’était mieux ainsi.
A présent, il restait à Florient à se
rendre chez son « ex » avec qui il était par chance resté en bons termes. Il
avait laissé là-bas quelques affaires qu’il pouvait récupérer. Histoire
d'avoir quelque chose de convenable à se
mettre sur le dos. Il prit soin d’appeler pour prévenir de son arrivée.
Cependant, il ne réussit à avoir que le répondeur.
Il lui fallut bien une heure pour arriver à
destination. Il ne restait plus qu’à croiser les doigts pour que Damien soit à
son domicile.
Damien était issu d’une famille aisée mais
bien plus « simple » que les Grey tout de même. Il vivait dans une demeure déjà
moins imposante et il n'y avait pas spécialement de domestiques au service de
la maisonnée.
Florient appuya une fois sur la sonnette et
attendit patiemment.
« - Oui ? »
Il reconnut de suite la voix de son « ex », ce qui fut déjà un premier soulagement.
« - C’est Flo »
« - J’arrive, deux secondes » répondit
immédiatement Damien.
En quelques instants, la porte d’entrée
s’ouvrit et fit place à un jeune homme blond cendré légèrement androgyne.
« - Hé ! Ça me fait plaisir de te voir ».
« - J’ai essayé de te joindre mais je n’ai
pas réussi »
« - Entre pour commencer » l’invita le
blond.
Florient le suivit sans un mot. Il faut
dire qu’il commençait à être un peu fatigué, peu habitué qu'il était à marcher
autant. Son père avait toujours fait en sorte qu’un employé soit à sa
disposition et à celle de sa sœur , ne serait-ce que pour les déplacements en
tout genre.
« - Tu veux boire quelque chose ? » proposa
son hôte.
« - Quelque chose de frais, histoire de me
remettre un peu »
Damien disparut quelques instants vers la
cuisine et revint avec un plateau composé de verres remplis et de glaçons.
« - Tu n’as l’air dans ton assiette.
Qu’est-ce qui se passe ? »
« - Quelques soucis, on va dire … Pour être
franc, je suis passé pour récupérer les quelques affaires que j’ai laissé ici.
J’en aurais besoin s’il te plaît Mon
père m'a viré de la maison »
« - Oh ... Oui, oui, bien sûr. Tout est dans ma chambre, je te les avais déjà
préparées dans un sac »
« - Merci » lâcha simplement Florient.
« - Tu … Si ça t'arrange, tu sais que tu
peux rester ici quelques jours au besoin. Mes parents t’ont déjà vu donc ça ne sera pas un problème »
Florient hésita et passa, une fois de plus,
la main dans ses cheveux.
« - Je prends ça pour un oui. Je ne
tenterai rien, ne t’en fais pas. Je sais que toi et moi c’est fini »
termina-t-il avec un clin d’œil.
« - Merci Damien, tu es toujours aussi
adorable » se moqua gentiment le jeune Grey.
« - Je ne suis pas adorable » maugréa le
blond.
Les deux garçons partirent alors dans un
léger fou rire. Ce fut ce qu’il fallait détendre l’atmosphère qui était devenue
un peu trop pesante tout à coup.
« - Qu’est-ce que tu dis de sortir ce soir,
histoire de se changer un peu les idées ? »
Même si Florient se sentait un peu fatigué,
la proposition était malgré tout très tentante. Il n’y eut pas besoin
d’insister pour qu’il soit d’accord.
Dans la soirée, ils se préparèrent
rapidement, enfilant des vêtements plus habillés, se coiffant et se parfumant
légèrement. Ils avaient décidés d’aller au « Angels of Hell », un bar gay assez
sympa. L'endroit n’était pas mal famé, pas vulgaire non plus, même si
l’ambiance « sexe » avait tendance à bien se faire sentir tout de même.
Les deux garçons se dirigèrent vers une
table libre et se posèrent. Damien se leva après avoir enlevé sa veste pour
prendre des boissons au comptoir. Il revint avec deux bières qu’ils entamèrent
doucement.
« - Que comptes-tu faire par la suite ? »
demanda Damien pour entamer la conversation.
« - Je n'ai pas l'intention de me laisser
aller » expliqua Florient. « Je veux prouver à mon père que je peux me
débrouiller sans lui. Je ne vais pas me laisser abattre »
Il but une gorgée avant de reprendre :
« - Je ne vais pas laisser de côté mes
études non plus … Il faut que j’aille voir le principal de ma prépa. C’est un
ami de mon père à la base, je l’ai déjà rencontré et je crois qu’il m’apprécie
un minimum. Je vais voir ce que je peux réussir à faire sur ce plan là. C’est
un lycée privé, mais si je travaille cet été, je dois pouvoir réussir à payer
les frais de scolarité »
Damien se frotta le menton, montrant ainsi
sa réflexion.
« - Je pensais à quelque chose. Si tu n’es
plus à la charge de tes parents, tu dois avoir le droit à une bourse du CROUS »
« - … Je t’avouerai que je n’ai aucune idée
de comment on peut en obtenir une, des conditions et tout ce qui va avec. Ce
n’est pas comme si j’avais eu à m’en préoccuper avant » répondit Florient mal à l’aise.
« - Le mieux, c’est de te renseigner alors.
Les bureaux administratifs des établissements scolaires ne ferment que fin
juillet. Ça te laisse déjà quelques jours devant toi. Mieux vaut s’y prendre au
plus vite. Surtout que d'après ce que j’en sais, les demandes sont normalement
à faire bien avant. Là, il va falloir vraiment compter sur une bonne étoile ».
Florient lui adressa un petit sourire qui
en disait long sur ce qu’il pensait de sa bonne étoile.
« - Tu as raison en fait. Ça aurait pu être
bien pire pour moi »
Il repensait à la chance d’avoir Arthur et
Damien pour amis. Aucun des deux ne l'avait laissé tomber et ils l’aidaient comme ils pouvaient. Oui, il
devait avoir malgré tout un esprit protecteur à ses côtés.
Ils continuèrent à boire tout en discutant
de tout et de rien, surtout de rien en fait. Quelques hommes s’approchèrent
d’eux pour leur proposer un verre. Ils acceptèrent parfois, refusant d’autres
fois. La soirée était déjà bien avancée lorsque Flo partit à son tour chercher
des boissons.
« - Deux bières, s’il vous plaît »
demanda-t-il au barman.
Son regard vagua sans point précis pendant
que l’homme attrapait deux verres. Ses yeux se posèrent alors sur une petite
annonce scotchée en hauteur.
« - Vous cherchez un barman ? » lâcha
Florient songeur.
« - En effet » répondit l'autre tout en
posant la commande sur le comptoir. « Je suis seul en ce moment pour m’occuper
du bar, mon ancien employé m’a lâché sans prévenir »
L’homme détailla attentivement Florient de
haut en bas, le jugeant du regard.
« - Vous seriez intéressé par la place ? »
« - Eh bien … C’est vrai qu’il me faudrait
un travail assez rapidement. Déjà pour cet été au moins »
L’homme lui adressa un sourire éclatant.
« - Je vous laisse y réfléchir jusqu’à demain.
Si vous êtes sûr, revenez à 10h pour un essai »
« - Je note tout ça. Merci encore »
Florient repartit vers la table qu’il
partageait avec Damien d’un pas un peu nerveux.
« - Tu dois avoir raison » lança-t-il à son
ami. « Je crois que j’ai une bonne étoile qui veille sur moi »
Son ami le regarda, interloqué. Flo
entreprit alors de lui expliquer ce qui venait de se passer. Tous les deux
trinquèrent alors. Restait ensuite à faire ses preuves. Il n’avait jamais
travaillé de sa vie jusqu’à présent. Il allait devoir se donner à fond.
Le lendemain matin, Damien n’avait jamais
vu son « ex » si nerveux. D’ailleurs, ce dernier commençait a avoir quelques
difficultés à se tenir sur ses jambes.
« - Ça va ? »
« - Oui, oui. Ça va passer, ne t’en fais
pas » répondit le jeune Grey tout en sortant un tube de cachets de sa sacoche.
Il en avala deux immédiatement et ferma les yeux quelques instants. « Je suis
juste un peu trop stressé. Je dois dire que pour la première fois de ma vie, ce
n’est pas mon nom qui me fera ouvrir toutes les portes ... C’est agréable en
fait » se surprit-il lui-même à penser.
Il avait mis pour cette journée un jean
foncé et une veste blanche à manches courtes. Le bar était climatisé
heureusement. Sa tenue était à la fois un brin décontractée et un brin
sérieuse. Ça devrait être bon pour la présentation.
Damien le déposa en voiture à dix heures
moins dix devant le « Angels oh Hell », l’encourageant une dernière fois
encore.
« - Si tu as besoin d’une adresse pour un
contrat de travail, donne la mienne, n’hésite pas »
« - Je ne suis pas sûr que tes parents
acceptent » dit le jeune homme.
« - Mes parents m’adorent et ne me refusent
rien. De plus, ils comprendront très bien la situation. Et je sais qu’en terme
de travail, on demande toujours une adresse. Alors, si tu as besoin, tu fais
ça, OK ? »
« - On verra… Merci de m’avoir emmené. A
plus tard »
D’une démarche hésitante, Flo entra dans
l’établissement. Il se dirigea vers le bar où le patron était en train
d’essuyer des verres. Il n’y avait que très peu de clients. C’était très calme.
« - Bonjour » commença le jeune homme. « Si
vous êtes toujours d’accord, je viens pour faire un essai » continua-t-il tout
en croisant les doigts dans son dos.
« -Ah oui, oui. Comment vous appelez-vous pour
commencer ? »
« - Florient Grey » répondit-il un peu mal
à l’aise.
Mais ce nom ne semblait pas dire plus que
ça pour le patron.
« - Appelle-moi Christian pour ma part. Tu
permets que je te tutoie ? »
« - Euh ... Oui, c’est très bien » répondit
le garçon un peu déstabilisé par cette entrée en matière.
« - On va commencer par un petit tour des
boissons et des cocktails. J’ai l’intuition que c’est ton premier essai dans le
milieu, n’est-ce pas ? Mais tu verras, c’est assez simple en réalité. Pas besoin
d’être un génie »
Le plus dur était de mémoriser le nom et la
composition de tous les cocktails servis. Florient avait toujours eu une très
bonne mémoire et ce fut un grand avantage. La journée passa rapidement et il
fut invité à venir continuer sa période d’essai le lendemain.
A son grand étonnement, il avait eu droit à
des pourboires dès sa première journée. Il s’était fait draguer aussi par deux
ou trois hommes. Christian lui avait alors expliqué la technique de la
bouteille de bière pour recracher l’alcool discrètement quand on lui offrait un
verre.
« - Sinon, tu es bourré avant même que la
soirée ne commence » lui avait-il dit.
Après quelques jours, les pourboires étant
suffisants, Florient put prendre une chambre d’hôtel pour ne plus déranger la
famille de Damien. Il n’était pas dans un « quatre étoiles », mais c’était déjà
bien. Il finit par utiliser l’adresse de son ami à contrecœur pour signer son
contrat de travail une fois la période d’essai conclue.
Il avait aussi pu passer au CROUS et avait
brièvement expliqué sa situation. Bien que la période de demande soit terminée
depuis longtemps, il eut cependant affaire à une employée très humaine qui lui
dit qu’elle ferait ce qu’elle pouvait.
Il passa aussi au lycée pour voir le
principal, ce qui était nécessaire entre autre pour le dossier de bourse. Ce
dernier lui expliqua que les frais de scolarité pouvaient être étalés. S’il
continuait à travailler, Flo calcula qu'il pourrait les payer au fur et à
mesure.
Pour le moment, les pourboires couvraient
plus ou moins son logement et ses frais alimentaires. Bon, il avait perdu un
peu de poids mais rien de catastrophique. Il arrivait même à se payer le
lavotomatique pour son linge. Il s’était acheté un fer à repasser premier prix
qu’il utilisait tant bien que mal. Ses débuts en matière de repassage avaient
été assez folkloriques mais à présent il maîtrisait plus ou moins.
Florient avait par chance toujours eu un
caractère simple malgré le milieu dont il était issu. Heureusement. Parce que
sinon, il n’aurait jamais pu réussir à s’en sortir. C’était une aventure de
tous les jours. Faire le ménage, les
courses, s’assumer seul ... Mais c’était aussi assez agréable pour lui de
réussir à faire tout ça.
Il était un battant et peu importaient les
épreuves, il les surmonterait. C’était son leitmotiv. A ce jour, il n’avait
aucune nouvelle de sa famille, c’était le seul point qui lui serrait le cœur.
Son père ne voulait plus entendre parler de lui, il l’avait bien compris. Mais
sa mère et sa sœur ? C’était peut-être ça le plus dur dans l’histoire, les
avoir perdues elles-aussi.
05 décembre 2008
DTA - Chapitre1
Auteur : Ayuluna
Titre :
Déploie tes ailes
Rating :
R, M, NC-17. En gros, pour public majeur.
Résumé
: Florient a tout juste 18 ans lorsque ses parents apprennent son
homosexualité, ce qu'ils n'acceptent pas. Il doit alors se débrouiller par ses
propres moyens pour vivre et continuer ses études... Pas ce qu'il a de plus
simple lorsqu'on a toujours été élevé dans le grand luxe. Et puis, il y a
toujours aussi quelques soucis secondaires qui viennent un peu plus chambouler
le tout...
Note d'auteur : Voici la toute première fiction originale que je me décide à publier sur le net. Je dois dire que ça fait quelque chose (lol). Ça change des fanfictions quelque part. En tout cas, j'espère que cette histoire vous plaira. Pas de rythme régulier de parution des chapitres par contre, désolée. Mais ce qui est sûr, c'est qu'ils seront toujours au moins de cette longueur ! Je n'aime pas quand c'est trop court et je pense qu'il en est de même pour les autres. Sur ce, bonne lecture ;-).
MAJ du 01/01/2009 : Merci à Pyanfar d'avoir corrigé ce chapitre.
Chapitre
1 :
La
vie est ce qu'elle est. C'est l'une des premières choses que Florient Grey
apprit en venant au monde. On ne décide pas de ce que l'avenir nous réserve, on
s'en accommode, c'est tout.
Florient
avait eu une enfance dorée et n'avait manqué de rien. Il avait été dans les meilleures
écoles depuis la maternelle jusqu'au lycée et c'était un très bon élève. Son
dossier scolaire ne comportait aucune faille et lui permettait l'accès aux plus
grandes écoles s'il le souhaitait, l'influence et l'argent de son père pouvant
bien sûr aider.
En
plus d'être intelligent, Florient était aussi assez beau. Il n'était pas d'une
beauté divine mais il avait de quoi faire chavirer quelques cœurs avec ses
cheveux châtains et lisses lui arrivant aux oreilles, ses yeux verts en amande
et une bouche légèrement en forme de cœur. Il était d'une taille standard avec
son mètre soixante-dix-huit. Niveau morphologie, rien de hors norme, il était
dans la moyenne, plus vers la minceur que le surpoids.
Florient
avait fêté ses dix-huit ans la semaine passée. Il n'y avait rien de palpitant à
ça, sauf le fait qu'il pouvait enfin avoir son permis. Même si Paris était une
ville bien desservie par les transports en commun, c'était toujours mieux de
pouvoir se déplacer à sa guise par soi-même.
Florient
n'était pas fils unique. Il avait une sœur jumelle du nom de Marie-Anne qui lui
ressemblait dans l'ensemble. Mêmes cheveux châtains descendant en cascade à
mi-dos, mêmes yeux verts en amande.
Cependant, la forme de son visage était quelque peu différente. Le jeune homme
avait hérité de celle de sa mère, c'est à dire assez fine. Tandis que
Marie-Anne avait pris celle de leur père, plutôt carrée.
Les
deux jumeaux s'entendaient bien, mais rien de trop fusionnel non plus. Ils
avaient toujours suivi le même cursus scolaire jusqu'à présent, souvent dans
les mêmes classes. Toutefois, ils ne fréquentaient pas vraiment les mêmes amis
par exemple.
Mais
revenons-en au moment présent. Florient était dans sa chambre, tranquillement
en train de se changer. Il remontait de la piscine où il passait une bonne
partie de ses journées depuis la fin de l'année scolaire et des épreuves du
baccalauréat. C'était d'ailleurs pour aller chercher les résultats de cet
examen qu'il se préparait actuellement. C'était très narcissique de sa part à
le dire, mais il savait très bien qu'il l'aurait et à coup sûr, avec une
mention TB. Il n'était pas surdoué, peut-être plus intelligent que d'autres
mais dans l'ensemble il avait simplement travaillé au mieux pour ça. Ce n'était
pas comme s'il avait eu le choix non plus. Son père était très exigeant...
Florient
avait été accepté dans une des meilleures prépa HEC/ESC* de Paris et de France,
une de celles qui forment aux meilleures écoles pour ne pas dire à la
meilleure. Dans le fond, ce n'était pas seulement pour son père qu'il faisait
tout ça et il le savait. C'était sa façon de se prouver qu'il était comme les
autres, mieux que les autres même et non pas inférieur. Ce sentiment de ne pas
être « normal » durait depuis déjà près de deux ans.
Deux
ans...Deux ans qu'il s'était rendu compte qu'il était irrémédiablement et
totalement gay. Deux ans qu'il vivait avec ce secret. Deux ans qu'il jouait le
jeu devant tout le monde. Parfois, il avait cette envie folle de tout dévoiler.
Mais la peur de la réaction de ses parents était trop grande. Son père était
homophobe, ce n'était un secret pour personne.
Dans
un énième soupir, Florient finit d'enfiler une chemise à manches courtes et se
regarda dans le miroir. Sa tenue était impeccable et tant pis si elle devait lui
tenir chaud. Etre présentable en toutes circonstances, c'était une des règles
fondamentales lorsqu'on appartenait à l'une des familles les plus influentes du
pays.
«
- Tu es prêt ? » demanda Marie-Anne par l'embrasure de la porte.
«
- J'ai juste à mettre mes chaussures » répondit-il en enfilant ses baskets.
Il
attrapa au passage sa petite sacoche qu'il avait toujours sur lui et suivit sa
sœur sans un mot de plus. Devant l'entrée de la maison, dans la cour, attendait
le chauffeur de la famille. Dès qu'il vit les deux adolescents, il se précipita
pour ouvrir les portières de la Mercedes.
Le
trajet se déroula dans un silence pesant. Le chauffeur n'avait pas à parler et
les deux jumeaux n'en avaient pas spécialement envie. Tous les deux
n'attendaient qu'une chose : avoir en mains leur sésame pour les études
supérieures. Le moment où l'on dit adieu à sa vie de lycéen et où on devient
officiellement étudiant. En quelque sorte le passage dans le monde adulte.
C'était aussi se faire de nouveaux amis et en quitter pas mal d'anciens, hélas
!
A
l'entrée du lycée, Florient et Marie-Anne retrouvèrent chacun leurs amis et
discutèrent avec eux le temps que les grilles soient ouvertes. L'excitation
était à son apogée avec les paris de dernière minute sur les résultats des uns
et des autres. C'était aussi le moment de parler de la soirée qui avait été
organisée en l'honneur des résultats du bac et de la fin des années lycée. Une
soirée qui promettait d'être mémorable, sous le signe de l'alcool et du sexe.
Du moins c'était ainsi chaque année jusqu'à présent.
Lorsque,
enfin, arriva l'heure fatidique, c'est le cœur battant légèrement plus vite que
la normale que Florient se dirigea vers le panneau d'affichage de la série
Scientifique. Il mit quelques secondes à trouver son nom avant qu'un large
sourire ne vienne naître sur son visage. Reçu avec mention TB comme il l'avait
prévu. A présent, il n'avait plus qu'à aller chercher son dossier scolaire et
tout était dans la poche. D'un pas léger il se dirigea vers la salle de son
jury pour le retirer. Il signa la feuille de retrait puis put enfin détailler
son relevé de notes : 18,15 de moyenne générale avec les Félicitations du Jury,
c'était parfait. Il avait réussi à décrocher un beau 20 en Maths, Physique et
Sciences de l'ingénierie en prime. Son petit point faible avait été le sport
avec une note mineure de 14 mais avec coefficient deux et sans grande importance sur son dossier scolaire. Et
avoir eu 14 dans cette matière, c'était déjà un exploit, compte tenu de sa
constitution.
Il
tomba nez à nez avec sa sœur qui sortait de la salle voisine et lui adressa un
sourire victorieux tout en affichant bien son dossier devant ses yeux.
«
- Alors ? Qui a gagné son pari ? » lui demanda-t-il bien fier.
«
- Grmph ... Laisse-moi voir ça ... »
Elle
lui retira vivement le livret des mains et balaya les notes du regard.
«
- Bon ! J'admets que tu as gagné pour cette fois-ci » dit-elle en lui rendant
le dossier et en lui déposant un léger baiser sur la joue.
«
- Et toi alors, Marie-Anne ? Qu'est-ce que ça a donné ? »
«
- Mention Très bien de peu, mais je l'ai, c'est ce qu'il compte ... Surtout que
si je ne l'avais pas eu alors que toi si, ça aurait été ma fête ! »
Florient
leva les yeux au ciel.
«
- Tu as toujours été la préférée de Papa, il ne t'aurait rien dit et tu le sais
très bien. De plus, tu as aussi été acceptée dans la prépa que tu voulais et c'est ce qui compte »
«-
Eh oui ! » répondit-elle avec un grand sourire. « Je vais pouvoir te surveiller
» ajouta-t-elle en rigolant. « On ne sera pas dans la même classe, et pas vraiment dans la même filière mais une
fois encore, on trouve le moyen d'être dans la même école. C'est déjà ça. »
«
- Je ne comprends toujours pas ton envie de partir en khâgne** mais bon... »
«
- Il n'y a pas que les métiers de commerce, d'ingénieur ou de médecin dans la
vie » lui dit Marie-Anne en soupirant.
«
- Si tu le dis... En tout cas, si j'avais annoncé à Papa que je me lançais dans
des études littéraires, je crois que je m'en serais pris une belle et qu'il
m'aurait vite fait changer d'avis. »
«
-Peut-être... » concéda-t-elle. « Il t'en demande beaucoup, mais tu sais que
dans le fond, c'est pour toi qu'il le fait ».
Le
regard sceptique de son jumeau lui fit bien comprendre de ne pas trop en faire
non plus, surtout de ne pas trop s'aventurer sur ce terrain-là.
La
relation entre Florient et son père était vraiment très compliquée et
tortueuse. C'était une sorte de « je t'aime moi non plus ». Le jeune homme
admirait son père tout autant qu'il le détestait dans un sens. Il recherchait
en permanence à ce qu'il soit fier de lui mais ne l'aurait pas avoué, même sous
la torture. Son père ne lui montrait jamais de signes d'affection et ce, malgré les efforts que pouvait faire
Florient.
Après
des dernières banalités échangées avec des amis et les prévisions de se
retrouver le soir-même pour fêter leur réussite, les deux jumeaux repartirent
vers la demeure familiale. Leur mère les attendait avec impatience pour
connaître leurs résultats. Elle fut plus que ravie en les apprenant. Peut-être
en grande partie parce qu'elle savait que l'échec d'un de ses enfants n'aurait
pas été accepté par son mari à qui elle se vouait corps et âme. C'était une
femme tout à fait soumise en somme, prête à suivre son époux n'importe où, dans
n'importe quelle décision aussi.
Le
reste de la journée se passa à une vitesse déconcertante. Florient et même
Marie-Anne n'attendaient qu'une seule chose : la soirée qui promettait d'être
des plus sympathiques. C'était LA soirée par excellence où tout le monde se
lâchait. La soirée où chacun se laissait aller sans aucune restriction, sans
penser au lendemain, se moquant même de ce que les autres pourraient voir d'eux
ce soir-là. C'était la soirée qui marquait pour tous un nouveau départ à jamais.
Un peu comme un rite d'initiation à l'âge adulte.
Marie-Anne
passa plusieurs heures dans la salle de bain pour se préparer. Florient mit moins de temps pour sa part mais se
pomponna bien quand même. Une fois que tous les deux furent prêts, ils se
rendirent ensemble chez Nathan Pedroski. C'était un ami, ou du moins une
connaissance de leur lycée, chez qui se déroulait la soirée. Les Pedroski
habitaient une immense demeure pouvant accueillir largement tous les lycéens de
l'établissement et même plus encore. Tout comme les Grey d'ailleurs... Rares
étaient ceux qui n'avaient pas de grands moyens dans leur lycée.
«
- Hé ! Mais voilà les deux jumeaux Grey » s'écria la voix de leur hôte en les
faisant entrer.
«
- Comme si nous allions manquer cette soirée » dit Florient avec un petit
sourire en coin.
«
- La soirée la plus importante pour tous les lycéens » ajouta Marie-Anne. «
Dire qu'après on ne reverra plus une bonne partie des personnes présentes ! »
«
- Allez, au lieu de jouer le mélodrame, allons nous amuser » dit Florient tout
en se dirigeant vers ses amis qui se trouvaient dans le fond du couloir bien
plus loin.
L'alcool
coula à flot toute la soirée, chacun finissant plus bourré que jamais. Il
n'était pas spécialement prévu de rentrer chez soi pendant la nuit, la fête
durant jusqu'au petit matin. Pas de « boire ou conduire », alors, tout le monde
sans exception ou presque se prenait une bonne cuite. Les nombreuses chambres
de l'immense demeure furent occupés pour diverses activités sexuelles. Enfin, il
serait plus judicieux de dire : toutes les pièces et pas seulement les
chambres.
Rares
étaient ceux qui étaient encore lucides au milieu de la nuit. Il y avait
majoritairement trois groupes de personnes : ceux en plein coma éthylique, ceux en train de vomir leurs
tripes dans un coin ou un autre, et ceux qui se remettaient de leur séance de «
sport de chambre » (s'ils avaient fini).
Ce
fut avec grande difficulté que les premiers émergèrent le lendemain matin, avec
une migraine à s'en taper la tête contre les murs, une nausée atroce et un
vague brouillard sur les événements de la veille. Par chance, Nathan avait
prévu ça à l'avance et sur une des tables du salon étaient disposées plusieurs
boites d'aspirine et des bouteilles d'eau.
«
- Ouch ! » s'écria Florient en tentant de se mettre debout et d'ouvrir
complètement les yeux.
«
- Félicitations au onzième réveillé » s'exclama une voie nasillarde derrière
lui. « Même si du coup, je perds mon pari. Je pensais que Marion serait sur
pieds avant toi »
«
- Cyril ... moins fort... » gémit le jeune Grey. « Mal ... Tête... »
«
- Horribles les lendemains de cuite, n'est-ce pas ? » demanda l'autre jeune
homme sans baisser la voix. « Allez, je ne suis pas vache » ajouta-t-il en
trainant son ami vers une bonne aspirine bien méritée.
Cyril
était d'un an le frère ainé de Nathan. Il avait eu pour rôle de plus ou moins
garder un œil sur les participants de la soirée. De ce fait, il avait été
contraint de rester assez sobre. Étant lui-même du même lycée que les
néo-bacheliers, il les connaissait pour la plupart. Pour ne pas s'ennuyer, il
avait vagué d'une pièce à une autre de la demeure avec une caméra en main. Il
avait promis de fournir une copie complète à tout le monde. Chacun avait
accepté, sachant que n'importe quoi de compromettant pouvait être dévoilé sur
ce film. C'était le jeu et ça ajoutait un petit quelque chose d'excitant.
Six
autres personnes eurent le temps de revenir à elles avant que Florient ne
puisse tenir une conversation en toute lucidité.
«
- Hé ! Cyril, tu as vu ma sœur par hasard ? »
«
- Deuxième étage, première chambre à gauche »
«
- Rassure-moi...seule ?... » tenta-t-il.
«
- Non. Mais pas la peine de tirer cette tête d'enterrement. Elle est avec
Julia. Elles ont toutes les deux fini la soirée en coma éthylique tout simplement. Rien de « pas
catholique ». Bien que cette soirée en elle-même n'ait rien de catholique »
dit-il avec un petit rire.
Florient
commença à avancer vers l'escalier pour aller chercher Marie-Anne lorsque la
voix de Cyril l'interpela de nouveau.
«
- De toute façon, tu verras que ta sœur a été un ange de chasteté contrairement
à toi, dès que tu auras la vidéo de la soirée... »
Le
jeune homme se retourna doucement.
«
- Euh...juste pour savoir. Qu'est-ce que j'ai fait cette nuit ? ...Disons que
j'ai un peu de mal à me souvenir » dit-il avec un grand souvenir innocent.
«
- Tu verras bien » répondit Cyril en rigolant.
C'est
non sans grand mal que Florient fit sortir sa jumelle de son long sommeil. Il
avait dû y aller à coup de petites baffes et même lui mettre la tête sous une
des douches. Marie-Anne avait alors poussé un cri aigu à casser n'importe
quelle vitre. Mais au moins, ils avaient pu rentrer chez eux peu de temps après
ça.
-
Deux
jours étaient passés lorsque Florient reçut par mail le lien vers la dite vidéo
de la soirée des néo-bacheliers. Des heures entières de film ! Il passa en
accéléré certains passages qu'il jugeait inintéressants. Par contre, il remit à
vitesse normale dès qu'il tomba sur une scène où il était protagoniste.
Il
était sur le grand canapé du salon avec Richard, un type qui faisait partie de l'équipe de basket du lycée et partageait le même cours d'anglais que lui. On les voyait clairement s'embrasser à pleine bouche avec une fougue non
contenue, leurs langues se mêlant dans un combat sans merci.
Florient
se décalait ensuite légèrement pour atterrir sur les genoux de son compagnon de
soirée. Il lui ôtait sa chemise et caressait son torse tout en continuant de
lui dévorer la bouche. Ça durait ainsi un petit moment jusqu'à qu'il commence à
déboutonner le jean de l'autre.
Après
ça, Florient descendait des genoux de Richard pour se mettre accroupi devant
lui. Il sortait son sexe de son boxer, le caressait avec une lenteur calculée
avant d'approcher sa langue. On le voyait lécher, puis sucer avec entrain
tandis que l'autre poussait des gémissements.
«
- Qu'est-ce que ?... » demanda une voix forte derrière lui.
Florient
se crispa instantanément. Il était figé de terreur et n'osa pas se retourner.
«
- Regarde-moi ! Et explique toi ! » s'écria la voix furieuse de son père qui se
trouvait au seuil de sa chambre.
Ne
pouvant faire autrement, il obéit. Il se leva et fit face à son père. Celui-ci
était vêtu de son éternel costume trois pièces. Sa tenue était parfaite, sans
un seul faux pli, sa cravate parfaitement nouée. Rien qu'à le voir, on savait
qu'on avait affaire à une personnalité importante.
«
- Tu étais bourré et tu ne t'es pas rendu compte de ce que tu faisais. C'est ça
? » questionna Mr. Grey.
Florient
fut tenté de répondre oui. Mais en même temps, ce serait encore mentir. Il en
avait marre, trop marre. Déjà deux ans qu'il se taisait. Aujourd'hui il avait
l'occasion de tout avouer. La perche était déjà tendue après tout.
«
- Non...Je suis... »
«
- Réfléchis bien à ce que tu vas dire ! » menaça l'homme en face de lui en
plissant les yeux.
«
- JE SUIS GAY » cria alors Florient.
Deux
fins sillons de larmes avaient commencé à se tracer le long de ses joues.
«
- Je suis gay Papa... » reprit-il à voix basse et le regard au sol.
«
- Comment oses-tu ! » siffla dangereusement son père. « MON FILS NE SERA JAMAIS
UNE PEDALE ! JAMAIS ! TU M'ENTENDS ?! »
Florient
releva alors la tête et plongea son regard dans celui de son géniteur.
«
- Parce que tu crois que j'y peux quelque chose ? Je suis comme ça, c'est tout
et quoi que je fasse, que tu fasses, ça n'y changera rien. Je serais toujours
gay !»
«
- Alors dans ce cas, tu n'es plus mon fils... » gronda la voix de Mr. Grey
pleine de rage. « DEGAGE ! DEGAGE DE CETTE MAISON ! »
«
- Bernard... » tenta de dire pour le calmer la mère de Florient, qui était
arrivée entre-temps et assistait à la scène, impuissante.
«
- Ne te mêle pas de ça, Christiane ! »
«
- Ne vous en faites pas. La sale tapette se tire d'ici ! » répliqua Florient
d'une voix rauque. « Vous n'entendrez plus parler de moi puisque c'est ce que
vous souhaitez... »
Il
attrapa sa sacoche qui contenait ses affaires les plus importantes et dévala la
villa à toute vitesse. Ne pas se retourner... Ça ne servait strictement à rien.
Il connaissait son père mieux que quiconque et savait que rien ne le ferait
changer d'avis de sitôt. Tout était arrivé si vite qu'il avait encore du mal à
réaliser. A présent il était seul ...
--
*
Prépa HEC/ESC : ce sont les classes préparatoires aux grandes écoles de
commerce.
**
Khâgne/hypokhâgne : prépa littéraire.
Déploie tes ailes
Titre : Déploie tes ailes
Résumé
: Florient a tout juste 18 ans lorsque ses parents apprennent son
homosexualité, ce qu'ils n'acceptent pas. Il doit alors se débrouiller
par ses propres moyens pour vivre et continuer ses études... Pas ce
qu'il a de plus simple lorsqu'on a toujours été élevé dans le grand
luxe. Et puis, il y a toujours aussi quelques soucis secondaires qui
viennent un peu plus chambouler le tout...
Note d'auteur
: J'ai choisis de commencer par un sujet un peu "stéréotypé"
volontairement. Parce que malheureusement, c'est encore bien trop
récurent de nos jours...
Avancement (au 27/01/09) :
- Chapitre 1 : 100 % écrit - [publié]
- Chapitre 2 : 100 % écrit - [publié]
- Chapitre 3 : 35% écrit
20 octobre 2008
Introduction et présentation
Commencons par le début...
vieille ado ou jeune adulte de 20 ans, qui plus est étudiante. J'adore lire et écrire depuis toujours. J'ai commencée à publier sur le net il y a environ 5 ans sur ffnet dans la catégorie HP. D'abbord des Dramione, puis je me suis quasi exclusivement redirigée sur les Drarry.
Aujourd'hui j'ai décidé d'écrire des fictions originales pour changer un peu des fanfictions (même si je continue aussi ces dernières, disponibles ici : http://www.fanfiction.net/~ayuluna ).
Vous verrez que j'aime bien faire dans le mélodrame mais par contre, je suis totalement contre des scènes de viol ! Et ça j'y tiens. A la limite y faire allusion d'un acte passé (sans détails!) si ça a une raison d'être mais en aucun cas que ce soit explicite. Je suis loin d'être fleur bleue et facilement choquable, mais ça, c'est contre mes principes !
De plus, j'ai strictement horreur des fictions avec des noms japonais, des japonais à tout va, à fond Japon... Pour moi ça casse tout ! J'aime le Japon, j'ai passé LV3 Japonais au bac, je suis restée seule à Tokyo pendant un mois...Mais pour autant je ne suis pas à japoniser tout ! Je préfère largement qu'une histoire se passes aux USA, avec des noms bien américains (et pourtant je suis loin d'être fan des USA). Tout simplement parce que c'est à mon sens bien plus réaliste. Les japonais aiment lire du yaoi MAIS ils sont encore très coincés et homophobes ! C'est un fait, une réalité.
Pour ce qui sera des mises à jour (ou updates), je ne veux rien dire. En effet, je suis actuellement en P1 (1ere année de médecine) et je n'ai pas vraiment de temps libre...Je ferais cependant de mon mieux.
Merci d'avance à ceux qui passerons par là et laisserons des commentaires ;-) !